Le tirage couleur

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Peut-être êtes-vous déjà rentré dans un laboratoire pour y réaliser des agrandissements en noir et blanc, pour apprendre ou simplement pour regarder faire, pour connaître cette atmosphère si particulière. Mais sans doute n'avez-vous jamais tenté l'aventure en couleur : Prêt?

Le tirage* couleur est, malgré ce qu'on peut souvent en entendre, d'une simplicité équivalente à celle du tirage en noir et blanc. Cette difficulté de réaliser de bons tirages était réelle avant l'invention du traitement RA-4, qui a révolutionné le domaine.

Alors, comment cela se passe? D'abord, le matériel nécessaire : un agrandisseur à tête couleur (ou un agrandisseur noir et blanc et des filtres de couleur, puisqu'une tête couleur, c'est simplement une boîte qui contient une lampe et des filtres de couleur).

Vous avez à droite le principe de l'agrandisseur : en suivant le trajet de la lumière, il comporte essentiellement une lampe, des filtres de couleur (non visibles), un miroir pour diriger la lumière vers le bas, un passe-vue avec le négatif (rectangle noir sur la photo), et l'objectif où se croisent les rayons lumineux avant d'atteindre le plateau sur lequel on place le papier. (image http://objectif-argentique.com)

Il ne manque plus que de la chimie RA-4 (je ne conseille pas les autres traitements si vous n'avez jamais tenté l'expérience du tirage, et de toute façon vous trouverez difficilement autre chose !) et quelque chose pour mettre cette chimie, c'est-à-dire soit des cuvettes, soit une cuve cylindrique ou "tambour" de développement papier, soit pour les fainéants de mon espèce, une tireuse à rouleaux qui vous passera toute seule le papier dans les bains.


Maintenant, suivons le déroulement de l'opération : Prenez votre négatif en évitant les traces de doigt, puis placez-le dans l'ouverture de l'agrandisseur (le passe-vue, juste en-dessus de l'objectif). Puis montez ou descendez la tête de l'agrandisseur, ce qui vous permet de choisir la taille du tirage. Faites alors la mise au point (molette sur le côté de l'agrandisseur). C'est prêt!
Nous arrivons à l'étape délicate du tirage ; le filtrage des couleurs. Grâce aux filtres cyan, magenta et jaune (molettes sur l'agrandisseur couleur, ou filtres remplaçant les filtres de contraste sur un agrandisseur noir et blanc), vous pouvez jouer  sur les couleurs du tirage final. Le filtre cyan reste en général sur la valeur 0 (il faut toujours laisser au moins un filtre à zéro). il faut faire varier les deux autres pour aboutir au résultat souhaité, en gardant à l'esprit leur fonctionnement contre-intuitif par couleurs complémentaires : plus de jaune = plus de bleu sur le tirage, plus de magenta = plus de vert sur le tirage, plus de jaune ET de magenta = plus de bleu ET de vert, donc de cyan, et vice-versa, moins de jaune = moins de bleu (donc plus de jaune !),
;etc. (1)
Eteignez la lumière et sortez le papier à tatons, que vous placez dans les repères sous l'agrandisseur. Vous pouvez exposer à la lumière le temps voulu**


Nous arrivons à la deuxième partie de l'opération. La chimie. Pour faire bref, la chimie se compose comme en noir et blanc d'un révélateur qui va révéler l'image, d'un bain d'arrêt qui arrête l'action du révélateur (sinon dès que l'image passe à la lumière elle deviendrait noire...), et d'un fixateur+blanchiment qui assure la conservation de l'image. La différence avec le noir et blanc est que le bain d'arrêt n'est en fait que de l'eau. Les autres bains se font très facilement par dilution des solutions dans l'eau (le mode d'emploi est très clair).

 
Puis, si vous avez des cuvettes, passez le papier dans chaque cuvette le temps indiqué sur le mode d'emploi du RA-4. Vous entendrez parfois dire que c'est "à la seconde près" ou "au dixième de degré près" (le temps dans chaque cuvette dépend de la température) mais en réalité vous avez une marge d'erreur d'au moins 50% sur ce temps. Je n'ai jamais utilisé un chronomètre en cuvette... 

Par contre l'obscurité totale est requise tant que le bain d'arrêt n'a pas agi : des lampes spéciales pour labo couleur existent mais il faut les trouver.

Si vous avez un tambour, vous pouvez allumer la lumière après y avoir inséré le papier, puis il faut y verser  les chimies avec rinçage entre chaque (la construction du tambour permet de ne pas faire entrer la lumière).

Si vous avez une tireuse à rouleaux, insérez le papier dans les rouleaux d'admission, fermez le couvercle, allumez la lumière. Les rouleaux de la machine vont l'entraîner dans les trois bacs prévus pour le révélateur, le bain d'arrêt et le blanchiment/fixage, avec une vitesse (donc le temps de passage dans chaque bain) et une température réglables. Il n'y a plus qu'à attendre que l'agrandissement sorte de l'autre côté de la machine.

Ca y est, vous n'avez plus qu'à rincer le tirage qui va alors prendre sa forme définitive, puis à le laisser sécher. Conseil : pour être assuré d'avoir de beaux blancs, sans voile grisâtre, mieux vaut rincer à l'eau tiède qu'à l'eau froide.


Récapitulons ; vous préparez votre chimie et la placez dans les bacs ou cuvettes, puis vous placez le négatif dans l'agrandisseur. Vous faites la mise au point, vous exposez à la lumière le temps voulu et avec le filtrage adéquat, vous passez ou la machine passe le papier dans les différents bains (révélateur, bain d'arrêt=eau, blanchiment/ fixage), vous rincez à l'eau tiède, et vous contemplez votre oeuvre!

 

arolla avion

Photo : numérisation d'un tirage manuel 20*30cm


Coût de l'opération, sur papier Fujicolor Cristal Archive Paper : 10 centimes pour un tirage 13*19cm, 1 euro pour un tirage 20*30, 3 euros pour un 40*50cm, approximativement, c'est-à-dire peu. Par contre, cela demande un peu de matériel, du temps, surtout quand on débute, et en général plusieurs essais, mais c'est surtout un vrai plaisir!

 

A vous de jouer !

 


(1)Un peu de théorie sur le filtrage des couleurs, si vous avez des problèmes avec , car cela est assez contre-intuitif : le filtrage des couleurs fonctionne par couleurs complémentaires, c'est-à-dire qu'augmenter la valeur d'un filtre, ce qui revient à faire occuper au filtre de couleur plus de place entre la lampe et l'objectif de l'agrandisseur, augmente la présence de la couleur complémentaire sur le tirage final. Par exemple, rajouter du filtre cyan permet d'avoir plus de rouge (couleur complémentaire du cyan) sur le tirage final. Ceci est finalement assez logique quand on réfléchit à ce qu'est un négatif, c'est-à-dire exactement l'inverse de ce qu'est le tirage. Un cercle chromatique (voir ci-dessous) est très utile pour bien comprendre comment cela marche. Les couleurs complémentaires y sont tout simplement diamétralement opposées. Il est basé ici sur les couleurs primaires jaune, cyan, et magenta, qui sont à 120° les unes des autres (ci-dessous, le jaune est mal placé, il devrait être au sommet du cercle à la place de l'orange clair. Dans le sens des aiguilles d'une montre, tous les 60°, on doit avoir Jaune, Rouge, Magenta, Bleu, Cyan et Vert). On peut aussi s'en rappeler avec les couleurs de l'arc en ciel, dans l'autre sens (rouge jaune vert cyan bleu violet, le violet étant entre le magenta et le bleu)

Pour expliquer simplement ce qui se passe, les filtres de couleur s'appellent ainsi car ils filtrent la couleur. Plus précisément, ils filtrent la couleur complémentaire à la leur. Un filtre cyan par exemple laisse passer la composante (les longueurs d'onde) cyan de la lumière "blanche" projetée par la lampe de l'agrandisseur mais absorbe en partie les autres composantes (une lumière "blanche" est en fait composée de tout un ensemble de longueurs d'ondes qui correspondent seules à toutes les couleurs de l'arc-en-ciel, mais qui mises ensemble donnent une lumière blanche). Le papier reçoit donc plus de cyan à l'exposition. Puis, le révélateur fait apparaître les couleurs complémentaires de celles qui sont projetées sur le papier au moment de l'exposition. La couleur complémentaire du cyan étant le rouge, il y aura plus de rouge sur le tirage final. 

L'effet du filtrage est soustractif. Paradoxalement, rajouter du filtre jaune va non seulement augmenter la couleur complémentaire (violet) mais aussi diminuer la couleur jaune sur le tirage. Pourquoi? En fait, je viens d'expliquer que la couleur d'un filtre s'explique par le fait qu'il absorbe les autres couleurs. Pour faire simple, le filtre jaune absorbe donc (soustrait) sa couleur complémentaire, le bleu. Il y aura donc moins de bleu projeté sur le papier, et donc au tirage (qui révèle les couleurs complémentaires), moins de jaune! Et vice-versa, si l'on diminue la valeur du filtre jaune, il y aura plus de jaune sur la photo!!

C'est pour cela que l'on dit que la photographie argentique utilise la synthèse soustractive, car un filtre n'ajoute pas une couleur, mais il absorbe (ou soustrait) les autres. C'est comme quand on mélange des peintures. mélanger les trois couleurs primaires donne du noir, (ou plutôt du marron, car les couleurs primaires ne sont pas parfaites, mais en théorie, ce devrait être du noir), car toutes les couleurs ont été "soustraites" par les différentes peintures. Toutes les couleurs sont absorbées, aucune n'est réfléchie vers l'oeil. Et quand l'oeil ne reçoit aucune lumière, notre cerveau "voit" du noir.                       Retour texte principal

Plus d'informations ICI (théorie et exemples pratiques sur le site "Objectif Argentique")

cercle chromatique

*Rappelons que le tirage est le procédé qui permet de fixer l'image sur le papier photo par l'exposition de la photo sur le papier grâce à un agrandisseur puis le passage dans différentes chimies. Nous ne nous intéressons pas ici au développement de la pellicule qui permet de fixer le négatif. (voir également le site Objectif-argentique pour plus d'informations) Le développement est assez simple mais ne donne pas le droit à l'erreur, car toute exposition à la lumière ou mauvaise manipulation pendant le développement peut ruiner complètement votre pellicule. Pour ma part je fais confiance aux magasins photo pour cette partie!
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**Plus on expose longtemps le papier, et plus l'image est sombre, et vice-versa. Pour déterminer le temps d'exposition (le temps pendant lequel l'image du négatif est projetée sur le papier), il est pratique d'utiliser un morceau de papier dont on expose des bandes progressivement, en enlevant petit à petit un cache placé sur le papier pendant l'exposition. Ces bandes sont donc exposées par exemple 2s, 4s, 6s, 8s et 10s. Il faut garder le temps pour lequel la photo n'est ni trop sombre, ni trop claire.
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